La cacherouth: quelques questions, quelques réponses
Un dossier préparé par K. Acher
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Rappel: K.Acher est une rédaction plurielle. Nous n'avons pas de "rabbin" en titre parmi nos intervenants, et pour vous faciliter la vie, nous vous suggérons de poser vos questions rabbiniques directement à une autorité compétente francophone, comme: soit le Rabbinat de votre ville, soit le Consistoire de Paris, le Rabbinat Loubavitch de France, ou le Rabbinat du Québec. Le Rabbin Pierre Yves Bauer , les questions rabbiniques du Beth Loubavitch de Paris, les Rabbins de cheela.com ou techouvot.com .

Un chasseur sachant chasser... et un professeur sachant chercher.

Avril 2001
Je prépare un petit texte (voir note de K.Acher) sur les interdits alimentaires chez les juifs, les chrétiens et les musulmans.
C'est avec un grand intérêt que j'ai consulté votre dossier sur internet.
Je souhaite savoir si un Juif peut s'adonner à la chasse des oiseaux ou des autres animaux terrestres (avec quels moyens?) et les manger (lorsqu'il s'agit d'oiseaux et d'animaux permis).
Je vous remercie d'avance de votre réponse.
Avec mes meilleures salutations.
SA
Responsable du droit arabe et musulman
Institut suisse de droit comparé
Lausanne, Suisse


Cher Monsieur,
Un auteur du 17ème siècle, le "Noda Biyehouda" résume la réponse en trois points:
Chasser pour le plaisir (et non pour se nourrir) contrevient à trois règles:
- L'interdiction de faire souffrir les animaux, découlant de l'obligation de décharger un animal ployant sous sa charge (Exode 23, 5).
- L'interdiction de détruire quoique ce soit si ce n'est dans un but constructif, découlant de Deutéronome 20, 19.
- La chasse est une des particularités de Esaü et de Nemrod, grands chasseurs de la Bible. Il ne sied pas aux descendants de Avraham, Isaac et Jacob de suivre le mode de vie de ces deux célébrités qui ayant commencé par chasser le gibier en sont venus à chasser les femmes puis à tuer les hommes sans aucune pitié. C'est pourquoi les Juifs n'ont jamais été connus pour être des chasseurs.
Dans le même ordre d'idées, la pêche n'est permise que pour s'en nourrir et non "pour le plaisir". Il est attendu d'un juif respectant la Torah d'autres plaisirs que la chasse et la pêche: l'étude, la pratique des Commandements, et notamment la bonté envers individus et la totalité des créatures de D.ieu.
Et comment chasser pour manger? Il est clair que chasser au fusil ou à l'arc, voire les pièges agressifs peuvent rendre l'animal interdit soit en le tuant, et le rendant interdit, soit en portant des lésions graves qui le rendent impropres à l'abattage rituel nécessaire. Il reste les filets pour attraper les animaux permis à la consommation. Le Talmud nous raconte les agissements de Rabbi Hiyah qui planta les récoltes nécessaires à la confection de filets, tendit ses filets dans la forêt, égorgea les
animaux capturés, nourrit de leur chair les indigents et -c'était sa finalité, en tanna les peaux pour écrire la Loi qu'il partit enseigner aux enfants.
Qu'il soit clair, cher Dr SA, que l'interdiction de faire souffrir les animaux - et les êtres humains - ou de détruire quoique ce soit, a ses limites: lorsque a Torah ordonne l'abattage rituel, profondément codifié, ou la circoncision des enfants d'Abraham, nul ne peut se prévaloir de cette interdiction pour s'y opposer.
Je conclurai en citant un extrait du site sur la cacherout d'Alliance:
L'interdiction de consommer la chair d'un animal vivant.
Cette interdiction est d'ailleurs donnée dès Noé, ce qui signifie qu'à la différence des autres lois de la Torah, elle concerne également les non juifs. Selon notre tradition, c'est effectivement vers toute l'Humanité que le Créateur s'est tourné, pour lui donner une règle de vie, façon de l'aimer et de le servir, les sept lois que D.ieu donna à la génération de Noa'h, à l'intention de tous les peuples de la terre, et qui s'imposent à toutes les nations, en tous temps, y compris de nos jours.
Ces lois, implicites dans le texte de la Torah sont détaillées dans le dernier livre (lois des Rois) de Maïmonide:
1 l'interdiction de l'idolâtrie
2 l'interdiction du meurtre.
3 l'interdiction du vol.
4 l'interdiction de l'inceste.
5 l'interdiction de blasphémer.
6 l'interdiction de consommer la chair d'un animal vivant.
7 l'obligation de se doter de tribunaux et de lois régissant la cité.

Que la paix se pose sur tous ceux qui reçoivent les Commandements de D.ieu!
Amical Chalom
K.Acher

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(…) lettre au même SA.
Cher Monsieur,
J'ai parcouru les trois volets de l'exposé que vous m'avez fait parvenir pour "avis".
Dans la partie consacrée à l'alimentation dans la tradition juive, j'ai noté quelques erreurs, dues à une mauvaise adéquation entre vos vues et les sources dont vous disposez.
Mais il y a dès le départ une erreur majeure, qui a des retombées sur la totalité de votre exposé et surtout sur la conclusion que vous en tirez, (à moins que la conclusion ne soit qu'une prémisse de votre exposé et ait guidé le fil de vos "recherches").
Le fait de rejeter la notion de cacher ("propre à la consommation") et de lui substituer la notion de pureté vous amène à confondre dans le même pétrin:
- la pureté au sens spirituel (animal pur, animal non pur)
- la pureté au sens corporel (personne rendue impure par le contact d'un cadavre humain, de certains cadavres animaux, par une lèpre, par un écoulement séminal), dont seul le prêtre en exercice ou le pèlerin doit se préserver,
- et l'aptitude à la consommation par un juif.
Les notions de lait surveillé par un juif, de cuisson a minima par un juif, de vin non manipulé par un non croyant, vous ont échappé.
Vous créez un amalgame incroyable et vos qualités ou titres universitaires plaident pour une confusion volontaire, entretenue par l'idée de répéter que la Torah est une loi raciste.
(…)
Vos élucubrations ( ... Plusieurs normes juives excluent le non-juif de la préparation des aliments purs... ) sur la pureté feraient mourir de rire les Européens, Maghrébins, Africains et Asiatiques toutes catégories confondues qui travaillent dans des cuisines juives depuis plusieurs siècles.

Note: Le "petit texte sur les interdits alimentaires chez les juifs, les chrétiens et les musulmans" est un pavé indigeste de 31 pages A4, que je référencerai pas.

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Un dossier préparé par K. Acher