La cacherouth

Un dossier préparé par K. Acher
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Des doutes et du lait

Un jour, le Rabbi de Loubavitch reçut une lettre d’un Juif appartenant à un groupe ‘hassidique connu de New York. C’était un véritable appel à l’aide : le fils de cet homme s’apprêtait à se convertir au christianisme. Le Rabbi me transmit les coordonnées de cet homme en me demandant de m’en occuper. De fait, le fils était passé par une dépression et, un soir, alors qu’il n’arrivait pas à dormir, il écouta à la radio une émission d’un prêtre de Los Angeles évoquant, si on peut dire, la venue (ou plutôt selon lui le retour) du Messie.
Le jeune homme apprécia les arguments et se mit à écouter cette émission chaque soir : les mots tels que « amour » et « rapprochement » lui plurent et il commença même à fréquenter leurs « lieux de prières » et rencontra une jeune fille avec qui il projeta de se marier.
Désespéré, le père s’était résolu à écrire au Rabbi : « S’il se marie avec elle, je ne pourrai pas le supporter ! Par pitié, Rabbi, aidez-moi ! ».
Je téléphonai à ce père, expliquai que le Rabbi me demandait de m’occuper de son cas et suggérai que le jeune homme discute avec moi dans mon bureau situé juste à côté du 770 Eastern Parkway à Crown Heights. Effectivement, un jeudi après-midi, le jeune homme arriva, flanqué de deux valises remplies de livres et pamphlets supposés prouver sans l’ombre d’un doute la véracité du christianisme:
• Rav Mangel, commença-t-il, je ne veux pas que vous me parliez, je veux simplement que vous répondiez à toutes les « preuves » qui sont inscrites dans ces livres !
• Non, protestai-je, je ne lirai pas ces livres car ce genre de lecture bouche le cœur. Mais si tu veux, expose-moi ces arguments et je réagirai.
Il accepta et commença : depuis le livre de Berechit (la Genèse) jusqu’au livre de Divré Hayamim (les Chroniques), à me citer des centaines de versets. Il revint chaque jeudi après-midi et, patiemment, je réfutai toutes ses interprétations. Nous avons ainsi passé en revue tout le TaNa’H (la Bible) !
Au bout de six ou sept semaines, il comprit que tous les arguments provenaient d’interprétations biaisées et ne tenaient pas devant la vérité. Le regardant droit dans les yeux, je lui proposai alors : « Puisque tu as compris que tout ceci était basé sur le mensonge, tu dois brûler tous ces livres que tu as apportés, ils ne font que boucher ton cœur ! ». Il baissa la tête mais j’insistai : « Vas-tu les brûler ? ». Il accepta. Il rentra chez ses parents qui habitaient dans le quartier voisin de Flatbush.
La semaine suivante, le père me téléphona : « Mon fils a brûlé tous ces livres mais j’ai remarqué que des larmes coulaient de ses yeux – ce qui prouve qu’il n’est pas encore réellement convaincu et reste encore attaché sentimentalement à la foi chrétienne ! ». Je demandai au père qu’il renvoie encore une fois son fils chez moi et, dès qu’il arriva, je lui demandai :
• Alors ? Tu les as brûlés ? Et comment te sens-tu ?
• Rav Mangel, je dois vous avouer la vérité. Je suis obligé d’admettre tous vos arguments qui sont logiques. Mais mon cœur se trouve encore attaché à cette religion !
Maintenant je ne savais plus comment l’aider. J’écrivis au Rabbi, racontai que depuis quelques semaines, j’avais écouté patiemment ses arguments et les avais réfutés un à un. Cependant, sentimentalement, le jeune homme n’arrivait pas à se détacher complètement.
Le Rabbi répondit que je devais me renseigner si, dans leur maison, on veillait scrupuleusement à ne consommer que du lait « Chamour » (surveillé par un Juif depuis la traite). Je ne savais pas comment m’y prendre : comment demander à un Juif pratiquant s’il ne consommait que du lait Chamour ? Ne risquait-il pas de se vexer ? Mais le Rabbi avait demandé et je décidai donc de présenter au père les faits tels que le Rabbi me l’avait demandé. Interloqué, le père ne répondit pas de suite puis s’excusa : auparavant, il avait habité dans le quartier de Williamsburg où il était facile de se procurer du lait Chamour. Mais quand il avait déménagé dans le quartier de Flatbush, il n’y avait pas – à l’époque – d’épicerie cachère et il s’était trouvé toutes sortes d’arguments pour se permettre de consommer du lait et des produits lactés sans surveillance rabbinique. J’insistai sur le fait qu’il était important de ne consommer que du lait Chamour et l’homme reconnut que j’avais raison.
Six mois plus tard, je reçus un faire-part : le jeune homme allait se marier avec une ancienne élève du prestigieux séminaire Beth Yaakov… En ne consommant que du lait Chamour, ses doutes avaient disparu complètement !
Au fil des années, j’ai eu l’occasion de donner de nombreuses conférences dans le monde entier. Chaque fois que j’ai raconté cette histoire quant à l’importance de respecter scrupuleusement les lois de la cacherout et d’ailleurs tous les commandements, j’ai reçu de nombreux témoignages de personnes qui s’étaient renforcées dans leurs résolutions à ce sujet.


(Rav Nissan Mangel, rescapé d’Aushwitz, est devenu un érudit exceptionnel et a mérité de traduire en anglais de nombreux ouvrages de base de la ‘Hassidout – tout en enseignant, en donnant des conférences et en racontant ses souvenirs.
Rav Nissan Mangel – Kfar ‘Habad 2059
https://www.loubavitch.fr/etude/la-sidra/item/1392-semaine-22#recit
Traduit par Feiga Lubecki

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